par Juil 18, 2025

Procrastination, vraiment ? Ou bien autre chose..?

Ces derniers jours, je me suis attelée à un exercice quotidien un peu particulier … portant sur la forme de procrastination que je cultive !

Facile, me suis-je dit le premier jour — je ne me vois pas vraiment procrastinatrice…quand je repousse, c’est juste que je ne peux pas tout faire en une journée, ou semaine. Je pensais ‘torcher’ vite fait ce petit travail d’introspection.
Mais au fil des jours, des vérités m’ont rattrapée — celles qu’on préférerait contourner, mais qu’on doit regarder en face si l’on veut avancer.
Des vérités qui exigent une honnêteté brutale à soi, une présence vraie à soi..

Ce que j’ai découvert… et appris (mais apprend-on jamais quoi que ce soit ?!)

Je procrastine, comme tout le monde....mais  pas partout (ouf !).
Dans les domaines qui me tiennent à cœur — écrire, traduire, accompagner, organiser et gérer le quotidien de ma micro-entreprise, préparer mes objectifs vélo, étudier  — je suis efficace, régulière, endurante, joyeuse.
Je choisis de m’engager là où je sens de la résonance, de la joie ou du sens.

Cool, ma forme personnelle de procrastination est sélective ! 

Mais dans les sphères où je me sens moins compétente — fiscalité, légalité, mécanique, bricolage, finances — je repousse. J’oublie. Je ruse.
Souvenir d’une déclaration d’impôts, remplie au dernier moment bien sûr, qui m’a fait vriller !
Explosion de colère contre l’incompréhensibilité des formules, des cases à remplir, pour la contribuable ordinaire que je suis. Mais surtout contre moi : je m’étais coupé l’herbe sous les pieds en m’y mettant beaucoup trop tard.
Et je me juge – surtout lorsque la résultat de cet évitement est une majoration financière, la disparition d’une opportunité (trop tard, délai passé, désolés !) ou autre inconvénient. 

Je suis perfectionniste… mais pas pour tout (je l’ai échappé belle ! )
Entre procrastination et perfectionnisme, il y a un lien étroit : l’un peut être le masque de l’autre.
Tu ne fais pas les choses de peur de ne pas les faire bien – tellement plus simple, non ? (joke)
Quand je veux éviter d’être confrontée à ce que je vois encore parfois comme mon insuffisance  — je diffère, je repousse, j’oublie, je ruse, je fuis (note la récurrence de certains verbes !).

J’ai découvert une nuance : je suis une perfectionniste dite saine dans les domaines où je suis compétente. Là, je considère les erreurs, les tâtonnements, les échecs comme partie du processus d’amélioration – je les accueille sans souci. Aucune stratégie d’évitement, plutôt de célébration en fait.

Mais dès que je me sens incompétente, cette forme saine de perfectionnisme ne fonctionne plus. 
Le plus souvent, je vais dans la réaction. Bloquante. Évitante. Colérique même.
Jusqu’à ce travail sur la procrastination entamé il y a quelques jours, j’attribuais cette réaction à mon impatience naturelle (que nenni ! bien tenté mais…)

En fait, c’est là que se mettent en place les mécanismes de la procrastination.
Comme si le fait de ne pas savoir faire menaçait quelque chose de plus profond et qu’il était vital d’éviter de me trouver dans cette situation.

Je mets en place des mécanismes de défense et d’évitement très subtils.
Je suis très inventive dans mes stratégies pour ne pas me confronter à ce qui m’est inconfortable — l’énervement à ne pas comprendre ; le sentiment désagréable d’incompétence ; l’irritation devant le temps gâché ou perdu, la pauvreté du résultat ; la déception ;  la possibilité du jugement extérieur et surtout intérieur – « ma pauvre fille, tu n’y arriveras jamais… » (si affriolant ce jugement à l’emporte-pièce !).
Et aussi, bien sûr, pour garder le contrôle, ou du moins l’illusion de contrôle – ce sacré besoin de contrôle au coeur de tant de nos comportements, sentiments et émotions. 

Ces stratégies ont pour nom : 

  • Le déni : “ce n’est pas si urgent”
  • Le passif-agressif : “je le ferai quand moi je veux”
  • Le faux semblant : une micro-action symbolique qui me donne bonne conscience sans vraiment régler quoi que ce soit

Ces mécanismes ne sont pas des fautes, mais des protections.
Ils révèlent mes tentatives (fines, intelligentes…illusoires ?!) de rester en contrôle pour ne pas aller gratter là où ça pourrait faire mal. 
Car à quoi sert le contrôle sinon à s’entourer de hautes murailles qui ne laissent entrer ni doute, ni peur, ni douleur ?

Mais qu’est-ce que j’évite au juste ? 
Il a fallu me rendre à l’évidence :
– ce n’est pas tant la tâche qui me résiste, mais moi qui me retire 
– ce n’est pas tant la tâche en elle-même qui me paralyse, mais ce qu’elle peut (me) révéler si je n’y arrive pas.
ce n’est pas tant une histoire de démérite, que de réaction organique à un sentiment d’impuissance.

Ma danse d’évitement a pour but de ne pas entrevoir mon obscurité – cette  source profonde de peur chez moi : être prise au piège. (Suis-je la seule ?!)
Et je me dis que c’est là où mon humanité rejoint mon animalité.
Et je perçois comment ma valeur phare de liberté s’est construite.
Ainsi que celles de présence, conscience et attention : sans elles la liberté ne peut exister, sans elles je tomberais dans tous les pièges tendus.

Cette vision ou vivance/expérience de la vie comme une série ininterrompue de pièges à éviter puise à mon animalité la plus brute — survivre dans une nature hostile.
Et aussi à mon humanité la plus vive — prospérer en allant vers toujours plus de liberté.

Je ne m’attendais pas à ce que ce travail sur la procrastination entre en résonance aussi directement avec mes valeurs. Et pourtant, c’est là que tout s’est éclairé. Une surprise magnifique, révélatrice, éclairante.
Prendre conscience de ces points de confluence entre mes expériences et mes valeurs me bouleverse à chaque fois – je touche à la matière vive de ce que je suis.
Je perçois combien ma valeur phare de liberté me construit.
À quel point elle est ce qui appelle derrière tous mes évitements. 
Et ce à quoi elle est vraiment destinée : préserver et amplifier ce qui me rend vivante, non pas me permettre de fuir. 

De l’évitement à l’élan : quelle voie s’ouvre ?

Depuis que ces mécanismes sont devenus visibles, quelque chose s’est déplacé en moi. Rien de spectaculaire, pas de grande transformation instantanée. Mais une détente. Une respiration.

Je ne cherche plus à “me corriger” (haha, ce mot à double sens !)
Ce que j’observe maintenant, c’est une inflexion. Un déplacement intérieur. Comme si le simple fait d’avoir vu ce que j’évitais, pourquoi je l’évitais, et à quoi je tenais, avait desserré un verrou invisible.

Ce matin, par exemple, j’ai enfin répondu à un mail administratif que je reportais depuis des jours. Non pas par injonction, mais parce qu’il ne pesait plus de la même manière. Je n’avais plus besoin d’en faire un test de compétence ou une épreuve de valeur. Je l’ai juste… fait.
Et c’était fluide. Et sans drame.

Et aussi, j’ai plongé dans l’écriture de cet article pour lui faire dépasser le niveau prescriptif initialement prévu, qui ne trouvait pas d’écho en moi. Et pour honorer cet élan vers toujours plus de clarté.

Et puis, il y a eu d’autres gestes, minuscules mais pleins de sens. Un coup de fil passé sans tergiverser. Une facture réglée sans soupirer. Un objet réparé sans me juger. Rien d’héroïque, mais un fil retrouvé — celui de l’action possible, sans pression, sans peur.

Et parfois, bien sûr, l’élan se replie. Des envies de tout annuler, de m’effacer derrière une série, ou de m’agiter pour mieux éviter. Mais je les vois passer. Et je reste là, à l’écoute.

Peut-être est-ce cela, ma liberté : pouvoir répondre à la vie depuis un lieu dégagé — non pas sans peur, mais sans fuite.

Quand l’élan devient possible…

L’élan ne vient pas de la volonté. Il vient de l’espace que l’on s’autorise à investir. De la détente avec laquelle on l’investit.
De la réconciliation avec ses propres fonctionnements.
Du non-jugement — Qu’est-ce qui est là ? Qu’est-ce que j’en fais ? Est-ce que je désire transformer cela ? Et si oui… qu’est-ce qui devient possible ? 

Il vient de l’abandon de la réaction et du choix de l’action. Qui peut être aussi simple qu’une juste reconnaissance de ce qui est.

Je ne sais pas ce que je vais changer, ni comment.
Mais je sens une voie. Pas un chemin balisé, non. Plutôt un vaste océan lumineux.
Un lieu intérieur plus dégagé, d’où le mouvement peut s’élancer, se renforcer, se propager et s’expanser.

Je peux enfin choisir de suivre un fil différent. Celui de la générosité d’être.

Pas à pas.

Alors… procrastination, vraiment ?

Ou bien… un langage détourné, pudique, intelligent de mon système ?
Une manière maladroite mais fidèle de protéger ce qui m’est essentiel.
Plutôt que de me corriger, je peux m’écouter.
M’ajuster.
Et honorer ce que j’essaie de préserver et faire grandir à travers mes détours – ma liberté d’être.

Et toi ?
Qu’est-ce que tu repousses, sans trop savoir pourquoi ?
Quelle forme prend ta procrastination — et que vient-elle protéger ?

Je te lirai avec joie…

🌀 Patricia

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