par Juil 7, 2025

Créer son itinéraire en dehors des voies tracées : une pratique vivante de la liberté

 

Je me souviens du moment précis où j’ai quitté la route goudronnée avec Épatan, mon van, sans trop savoir où j’allais — sinon que cette chapelle, au sommet de la colline surplombant le bourg des Fourgs, m’attirait.

Je savais juste qu’il me fallait de la hauteur.

De la solitude.

Et l’horizon à ma disposition.

 

Mon van garé, j’ai emprunté à pied le sentier qui menait à la chapelle.

Oui, c’était exactement l’endroit qu’il me fallait pour la soirée et la nuit.

Le vent sur ma peau me le murmurait.

 

L’histoire de la chapelle du Tourillot aussi — une chapelle promise si le village était épargné, au siècle dernier.

 

Puis, l’appel du mouvement.

Revenue vers Épatan, j’ai décroché Spech (mon VTT) du porte-vélo, ai visualisé une ébauche d’itinéraire possible sur la carte, me suis préparée, et me suis mise en chemin, curieuse de ce que j’allais découvrir.

 

C’est cette curiosité qui me permet de dépasser l’inconfort de l’inconnu.

De juste être là, sans besoin de contrôle.

Prête à être à l’écoute de mon VTT, de mon corps.

Du terrain sous mes roues.

Des sentiers où courent les racines dans les bois.

Des champs tâchetés du jaune des gentianes, du gris blanc des roches.

Des tintements frais des cloches des Montbéliardes dans les pâturages.

Et de voir où cela me mènera.

 

Je voulais être en mouvement sur Spech, même au plus fort de la chaleur — rien d’autre.

Parcourir ce paysage jurassien, librement, sans aucun plan, le ressentir dans mon corps, le faire mien à la force de mes muscles et de mon énergie — il était question de désir.

 

Celui de me fondre dans les paysages.

De les traverser dans le mouvement.

Celui qui motive mes randonnées, courtes ou longues.

Et me fit choisir de bifurquer hors champ pour m’émerveiller du panorama des verts jurassiens se pressant autour du fort millénaire de Joux.

Je me nourris de ce désir. De ses frémissements.

Des frissons de joie à découvrir la beauté qui est là.

Qui nourrit mon corps, ma créativité, mon désir de vie.

 

Obéir à ce désir, c’est paradoxalement vivre ma liberté.

Il ne s’impose pas. Il appelle.

Il ne rassure pas. Il attire.

Suivre ce désir, c’est ne pas avoir de réponse toute faite.

Mais savoir que seule la question est vivante.

 

Le désir ne s’épanouit que dans le hors-cadre des voies non tracées.

C’est ce hors-cadre qui me rappelle, chaque fois, combien la création est affaire de présence, plus que de plan.

 

Sur le vélo, je ne projette rien. Je ne prévois pas. Je suis.

Et c’est précisément là que les choses surgissent — les bifurcations, les idées, les sensations.

 

La créativité ne naît pas dans un cadre déjà rempli, mais dans l’ouverture, dans le vide assumé d’un départ sans balise.

Elle a besoin d’air, de mouvement, de battements.

Elle se faufile entre deux arbres, se dérobe dans une descente un peu raide, surgit au détour d’une clairière.

 

C’est exactement ce qui s’est passé ce jour-là.

En quittant les sentiers balisés, j’ai aussi quitté les attentes.

Ce qui m’a guidée ensuite, ce n’était ni la logique ni l’efficacité — mais quelque chose de plus fin, plus organique.

Une écoute intérieure, qui se réajuste à chaque tour de roue, chaque respiration, chaque ressenti.

 

Suivre le désir, c’est choisir d’habiter l’incertain.

Et dans cet incertain, laisser émerger une forme — une sensation, une idée, un rythme.

C’est une création en cours, fragile, mouvante.

 

Je me souviens d’un croisement, quelque part dans les pâturages.

À droite, un chemin ensoleillé, large, roulant, prévisible.

À gauche, un sentier qui grimpait dans les sous-bois, étroit, mal entretenu, presque effacé.

Je n’ai pas hésité. J’ai choisi l’ombre attirante des arbres.

 

Les premières minutes furent rudes : pierres, racines, quelques passages à pousser Spech.

Et puis soudain, une trouée.

Une vue inattendue sur une barrière rocheuse — ce genre de beauté qu’on ne prévoit pas, qu’on ne programme jamais.

Un cadeau réservé à ceux qui ne choisissent pas toujours la facilité.

 

C’est ça aussi, pour moi, la créativité : ne pas toujours choisir le chemin le plus fluide.

Mais plutôt ce qui appelle, ce qui résiste même.

Parce que là, quelque chose attend de surgir.

 

Je suis confiante — je sais que ce surgissement, je l’accueillerai.

Cette souche mousseuse, ce rai de lumière entre les sapins — tout me parle de cette attention fine qui rend chaque chose vivante.

 

Ce qui m’importe, c’est ma liberté d’être là, entièrement.

Et de me laisser traverser.

 

Je cherche les confluences — là où une intuition en rejoint une autre.

Je lis les traces — celles du paysage, du terrain, de ma respiration, de mes hésitations parfois aussi.

Je me laisse toucher, émouvoir, déranger même.

 

Et c’est là que naît l’élan.

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