par Sep 10, 2025

Une rentrée autrement

Chaque septembre, c’est un peu toujours le même remix qui passe à la radio collective : un beat monotone de rendez-vous, d’horaires et d’agendas.
Comme si septembre ne pouvait jouer qu’en mode reprise automatique, sans jamais laisser place à l’impro ni à une variation personnelle.

Et si ce refrain est si tenace, c’est qu’il s’inscrit jusque dans notre culture collective…

Cet article ne prétend pas ajouter des « astuces » ou une liste de choses à faire.
Il s’agit plutôt d’ouvrir un autre regard sur la rentrée.
Et si, au lieu de nous mettre en accord automatique avec la partition collective, nous choisissions d’en faire une ouverture vers plus de liberté, plus de souveraineté ?

 

La rentrée, une partition collective

Il n’y a pas qu’à l’école qu’on sonne la cloche de la rentrée. En France, c’est une véritable institution :

  • Les médias entonnent à l’unisson :« C’est la rentrée ! »
  • Supermarchés et clubs relancent fournitures et inscriptions
  • Les formations politiques cherchent à remobiliser l’opinion
  • Entreprises et administrations ressortent le vieux refrain de la performance : productivité, efficacité, « sérieux ».

À l’étranger, on parle plutôt de back to school. Ici, c’est la rentrée. 
Comme si l’élan collectif nous pressait d’adopter sa partition — jusqu’à nous couper le souffle.

 

Oser garder son souffle

J’ai commencé septembre en selle sur mon vélo, Spech.
Le vent dans le visage, un chemin encore tiède des soleils d’août, mais l’esprit déjà tourné vers les tâches en attente.
Un instant, j’ai eu la tentation de couper la balade, rentrer vite, « être raisonnable ».

Mon corps, lui, avait soif de prolonger la liberté.
Alors j’ai choisi de rallonger par un détour vers un chêne vénérable – il m’a communiqué sa force.
Cette impro perso a planté la graine de ce texte : et si la souveraineté, c’était simplement cela ? Préserver ce qui nous nourrit, à tout prix.

 

Reconnaître ce qui nous essouffle

Aux marges de la marche forcée de la rentrée, nous avons vite recours à des gestes censés nous procurer un peu de respiration et de détente — pause café, grignotage, vapotage, scrolling.

Soyons honnêtes : ces automatismes nous aident à tenir face au déluge de sollicitations. Ils anesthésient l’angoisse de la reprise, en lissent les aspérités. Mais, au fond, ils révèlent surtout nos peurs :

  • peur de se laisser dépasser, si tout n’est pas coché dans la to-do list quotidienne,
  • peur de rater l’essentiel, si l’on n’est pas sur tous les fronts à la fois,
  • peur de s’épuiser à force de courir et de retomber dans la spirale du trop-à-la-fois.

Bien sûr, il y a la peur absolue, mère de toutes les autres : celle de perdre le contrôle.

La souveraineté, c’est exactement l’inverse : reconnaître que nous sommes les seuls à pouvoir décider de notre propre rythme.

Ce n’est pas la vie qui nous advient, mais nous qui advenons à la vie.

C’est ce qui nous permet d’oser dire non, d’accueillir le vide, de choisir un tempo qui nous ressemble. Pas forcément plus lent, ni plus rapide. Mais plus juste.

 

Moduler sa respiration

Ne pas céder aux automatismes de la rengaine, inventer notre impromptu musical de septembre… voici quelques variations possibles :

  • 🎷Option jazz: consacrer chaque jour trente minutes à ce qui nous nourrit et nous enthousiasme. Un pas de côté dans l’agenda qui, répété, devient un micro-aménagement pour un macro effet.
  • 🎸Option rock: dire non à une réunion « urgente » qui ne l’est pas. Trouver une échappatoire, même inventée, pour préserver un temps à soi et s’honorer.
  • 🎻Option classique: marquer une transition entre deux activités par un geste simple : respirer et se relier à la Terre, noter un mémo vocal d’émotions, écouter les oiseaux. Des micro-rituels qui accordent la journée comme un instrument.

 

Trouver un nouveau souffle

Je t’entends déjà : « Facile à dire ! Les contraintes sont toujours là ! »

  • les horaires des enfants, que seul le don d’ubiquité nous permettrait de gérer
  • le travail qui déborde, pire que la corbeille de linge à laver
  • les déplacements qui s’enchaînent, ainsi que les bouchons, les retards, et pourquoi pas un mouvement de grève ici ou là
  • les factures et les obligations administratives mises de côté tout l’été… et qui ressurgissent, impérieuses, inévitables

La rentrée, c’est aussi cela : un retour en force de tout ce qu’on avait réussi à tenir à distance en juillet-août.
Et c’est vrai.
Nous ne choisissons pas toujours l’agenda, ni les demandes extérieures.

Mais ce que nous pouvons choisir, ce sont des interstices, nos pauses micro-libertés.
Comme les silences entre les notes du piano d’Eric Satie.
Comme une interruption de la linéarité temporelle.

La souveraineté ne supprime pas les contraintes : elle réinvente la manière de les habiter.
C’est une musique à contretemps, parfois discrète, mais qui change tout le rythme intérieur.

 

Créer son espace vital de liberté

Reconnaître les contraintes, c’est une chose. Mais s’y dissoudre entièrement en est une autre.
Ce qui nous sauve, c’est la qualité émotionnelle de ces moments à soi : une respiration, un café savouré en silence, une marche volée entre deux obligations.

Sans cela, la souveraineté se délite. On finit par soupirer : « Je n’ai même plus de temps pour moi… » — et ce murmure intérieur devient l’avant-coureur d’un malaise qui se propage comme une fissure à nos proches, à notre activité professionnelle, à notre équilibre émotionnel.

Préserver ce temps, même minuscule, n’est pas un caprice : c’est une hygiène intérieure. C’est ce qui maintient vivante notre capacité à choisir — autrement dit, notre souveraineté.

 

Changer la musique de septembre

Septembre n’a pas besoin d’être synonyme de reprise forcée.
Il peut devenir une invitation à inventer nos itinéraires, à composer notre mélodie.

La rentrée n’exige pas qu’on joue en sourdine, mais qu’on ose s’accorder à soi.
Alors cette année, pourquoi ne pas laisser tomber la partition imposée…
et composer la nôtre ?

Et ainsi, orchestrer notre futur à travers nos choix au présent. Pour garder notre souveraineté intacte.

Envie d'être tenu.e au courant de mes publications ?

Tu as apprécié cet article ? Tu vas sans doute aimer :

Bohemia Divide : l’après

Bohemia Divide : l’après

Le basculement Après trois jours et 300 km de VTT intensif à travers la Bohême, début octobre 2025, sur la trace imposée de la Bohemia Divide, une première chute et une côte fissurée, puis une seconde chute plus inquiétante, la décision d’arrêter la course s’est...

Individuation ou universalisation

Individuation ou universalisation

Il m’a fallu du temps pour comprendre quelque chose d’essentiel: ma difficulté à nommer les arbres, les plantes ou les oiseaux n’était pas un défaut, mais une porte d’entrée vers un autre type de relation au vivant. Je me suis longtemps excusée intérieurement de ne...

Vous êtes des fragments magnifiques du monde

Vous êtes des fragments magnifiques du monde

On dit souvent « être en contact avec la nature ».Expression toute faite, rabâchée. Mais si on la prend au pied de la lettre, elle devient saisissante.Contact : la main sur l’écorce, la plante des pieds sur la terre, la caresse du vent sur la peau.C’est une histoire...

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *